Mes comédiens ont poussé leur grand cri. Deux fois.
Que c’était bon de ne pas sentir le trac de l’entrée en scène, la peur d’oublier une réplique ou un accessoire, l’angoisse du regard du public. Enfin ça c’était ce que je croyais encore 5 minutes avant que les lumières s’éteignent.
J’avais confiance en mes comédiens, en ces interminables filages que nous avions fait 3 fois par semaine, confiance dans toutes les propositions qui sortaient jusqu’à la dernière répète. Je savais qu’ils allaient être bons, je le savais. Je savais que les décors allaient surprendre et séduire, et que l’effet « montés au fur et à mesure » et « fait avec 3 bouts de ficelle » combiné avec le talent et l’idée originale de ma décoratrice allaient assurer. Je savais que les costumes, en plus d’installer rapidement chacun des personnages, ne pouvaient qu’arracher au public les mêmes gloussements et éclats de rire qu’ils m’avaient coûtés en répète. Je savais que les lumières allaient être balancées au poil de fesse de moment près et que les sons (magiquement bouclés par un professionnel qui se trouve être l’homme de vie) étaient calés et gérés au clic près par mon régisseur.
Je savais, je le savais tout au fond de mes tripes que tout allait bien se passer parce que j’avais été très bien entourée, que la pièce roulait toute seule, et que j’avais pu me concentrer sur la direction des comédiens (qui de toute façon étaient déjà super sans moi).
Et puis ils ont éteint la lumière.
Et puis ils ont balancé la première musique.
Et puis j’ai senti l’afflux de sang dans mon coeur, la sueur sous ma robe, le noeud derrière ma nuque, l’arrêt de ma respiration.
Et puis ils ont balancé les premières répliques, et j’étais à l’affut de tout, je ne tenais pas en place à la régie, en haut des gradins, en bas des gradins, assise, debout, contre le mur, au bord de la scène, les yeux grand fermés, les mains moites palpitantes.
Je voulais juste que le public rigole. Je voulais juste que les comédiens puissent donner le meilleur d’eux-mêmes. Je voulais juste que la pièce ne s’arrête jamais car le contrat se remplissait, la machine était huilée.
Lumière, musique, entrée en scène, rires, émotions, sorties, musique, noir.
Je voulais juste bien faire. Je crois que nous avons tous bien fait.
Et je rempile pour un semestre de mise en scène. Et de jeu.
Un défi en plus à la fois.







