Emma et Jerry se sont embrassés. Mais qui sont-ils ? Deux amants, deux personnages de théâtre. Ils ne sont réels que dans le corps de deux comédiens. Mais lorsque Jerry touche Emma, la sert dans ses bras, quand Emma lui rend ses baisers… quelle est la part de mon acolyte et de moi-même à cet instant ? Je me suis posée la question jusqu’à hier.
Ce n’est pas anodin le premier baiser sur scène (ou même en répétition). On appréhende, on sent venir l’angoisse. Que vais-je ressentir ? Et puis le moment tant attendu et redouté arrive. On se rapproche, nos lèvres se touchent maladroitement. On rit… gênés. On oublie le texte… perturbés. Mais que ressent-on vraiment ? Rien. Pas de « papillon dans le ventre ». Ce qui parait évident puisque c’est « pour de faux ». L’impression donnée pour qui nous regarde est vraie mais le sentiment réel reste faux. Juste le tour de magie de la comédie.
C’est un peu comme mourir sur scène. Je suis morte il y a 6 mois. Étranglée par un tyran. Je n’ai pas vu défiler ma vie, je n’ai pas souffert. J’ai juste fermé les yeux, relâché mes muscles pour n’être plus qu’une poupée de chiffon dans les bras de mon partenaire qui déposait mon corps au sol. On ferme les yeux, on reste immobile, on attend le souffle court, on ressent le malaise s’installer dans le public, les dernières paroles, puis le silence. On guette le noir qui signifiera que la pièce est finie. Puis on se relève. C’est « pour de faux ».

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