Je suis le produit d’un gros alcolo plein d’esprit venu du nord et d’une petite toulousaine qui transpire la joie de vivre par tous les pores. Ma mère a une intelligence vive et percutante, un sens du contact humain ultra-développé et beaucoup, beaucoup de réserve de tolérance. Mon père n’a quasiment aucune patience, un sens critique un peu trop exacerbé et l’art de se faire détester à la première rencontre. Mon frère, fruit du même mélange que moi, a un bon sens terrien qui a toujours le don de me foutre sur le cul, une âme belle et généreuse, et comme moi, est tellement taquin qu’il peut en devenir saoulant. Nous étions nucléaires et nous le valions bien.
Mon père n’est jamais venu me voir jouer, je ne suis pas sûre de l’avoir jamais prévenu à vrai dire. Ma mère vient chaque fois qu’elle peut. Mon frère est venu une fois, presque par hasard mais avec beaucoup de bonne volonté. Ce soir-là j’ai joué un monologue de Phèdre.
J’avais galéré 2 mois sur ce monologue, qui m’apparaissait au début comme la simple diatribe d’une vieille un peu désespérée, amoureuse d’un mec qui ne le lui rendrait jamais. Heureusement un jeune homme bien intentionné m’a brisé le coeur en 25000 morceaux à ce moment tout à fait opportun et a libéré en moi la pauvre Phèdre (et 5 boutons d’herpès, Strike !) que je trouvais initialement pathétique, et dont je me sentais tout à coup si proche.
Le soir de la représentation, devant ma mère et mon frère à qui j’avais demandé de rester planqués après le 4ème rang, j’ai refreiné mes larmes, j’ai maîtrisé mon émotion juste comme je le voulais et j’étais plutôt fière de moi. Ma mère m’a dit « tu es faite pour les rôles comiques, je ne t’aime pas trop dans les trucs tragiques comme ça ». Mon frère m’a dit « J’ai bien aimé les trucs marrants, mais toi t’étais pas terrible, franchement à un moment j’ai cru que t’allais pleurer. »
Je me demande si mon père aurait été touché. Ou si, fidèle à la jolie armure nucléaire qu’on s’est tous construit, il m’aurait préféré dans un rôle comique. Moi quelque part j’en crèverais de fierté d’être capable de faire chouiner dans les chaumières avec de la belle émotion, honorable et pure. Mais c’est plus fort que moi, j’aime provoquer un bon rire gras et franc par-dessus tout. Un truc entre la tarte aux maroilles et le cassoulet.
Note : depuis le jeune homme a utilisé une super glue ultra-puissante et mon petit cœur meurtri va toutafé bien. Et je n’ai joué que des comédies.

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