Après Sarah Kane

Existe-t-il quelque chose après Sarah Kane ? Je me pose aujourd’hui la question alors que l’échéance des représentations approche et que le puzzle de Manque est sur le point d’être en place et prendra complètement forme le 28 mai prochain quand les projecteurs s’allumeront le soir de la première. La pièce alors ne nous appartiendra plus et chaque soir nous rapprochera de l’au-revoir à Sarah Kane.

A la base vous savez, je déteste le théâtre ultra-contemporain, le conceptuel, l’avant-gardisme pédant et le théâtre pour le théâtre. Je n’aime pas les pièces ou les mises en scène qui cherchent à choquer pour choquer et qui ne recherche que le buzz. Et pourtant c’est par le scandale d’Anéantis, sa première pièce, que la notoriété de Sarah Kane est arrivée. La différence fondamentale réside dans la profonde sincérité qui hante toutes ses pièces. Elle n’écrivait pas pour les autres mais avant tout pour elle.Elle utilisait son coeur pour nourrir le fond et sa tête pour lui donner forme.

Manque nous aura tellement apporté, j’espère qu’il en sera ainsi pour vous qui viendrez nous voir. Je vous parle là de choses indescriptibles que mes mots ne parviendront jamais à transcrire. Je vous parle d’un incroyable voyage intérieur qui, même s’il est triste, est avant tout infiniment beau, je vous parle de quelque chose qui prend au coeur, aux tripes, je vous parle de mots qui feront écho dans vos esprits – car il y a un cinquième personnage dans Manque : vous. Qui serez là assis et entendrez ce que A,M,B et C ont à vous dire. Vous aurez le choix: écouter ou rejeter. Participer silencieusement ou refuser la vérité des personnages. Dans les deux cas, vous ferez partie de l’aventure.

Et puis les projecteurs s’éteindront, une page se tournera, il faudra chercher, se lancer dans d’autres projets. Au début de la préparation de Manque je me disais qu’au coup d’après j’aurais besoin de retourner vers de la pure comédie. Et me voilà aujourd’hui, touché comme je ne l’ai jamais été avec la sensation du profane qui entre dans un lieu sacré et en ressort bouleversé. Sarah Kane aura transformé ma conception personnelle du théâtre et que les frontières de cet art sont sans limites.

Et après ?

Après, j’ai peur du désert. J’ai peur de m’ennuyer. J’ai peur de devoir ronger mon frein en n’attendant de pouvoir remonter une pièce de Sarah Kane. Je sais que c’est un peu absurde, que c’est un sentiment sur l’instant, que d’autres possibilités, d’autres défis m’attendront. Mais là maintenant je ne sais pas et j’ai crains qu’il n’y ait rien après Sarah Kane

One Response to Après Sarah Kane
  1. rodrigue aquilina
    juillet 15, 2011 | 0 h 44 min

    bel hommage à une grande dame…bravo, je ne doute pas que le travail était bien…j’ai failli le voir mais finalement pas pu, je regrette presque…

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