La Douleur de Marguerite Duras au Théâtre de l’Atelier

Dominique Blanc dans "La Douleur" de Marguerite Duras

Jeudi dernier au Théâtre de l’Atelier, j’ai applaudi debout et longtemps à la fin de la représentation de La Douleur de Marguerite Duras, à l’unisson de tous les spectateurs. La salle saluait le talent d’une immense comédienne visiblement ravie et émue par cette réception chaleureuse.

Et pourtant ça ne partait pas très bien de mon côté. La mise en scène de la pièce est signée Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang qui étaient déjà à l’oeuvre dans La nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès avec Romain Duris et j’avais positivement détesté ce qu’ils avaient fait. Et La Douleur obéit aux mêmes règles : décor ultra-minimaliste, une table quelques chaises sur un plateau à nu, la comédienne sur scène assise de dos pendant que la salle se remplit de spectateurs. J’ai eu peur d’assister à un remake de La nuit…. Puis la pièce commence, Dominique Blanc se retourne et commence son récit, désespérément, obstinément assise. Je ne suis pas du tout dedans, il fait beaucoup trop chaud à l’Atelier, la représentation commence à 21h, tout le monde est fatigué, certains piquent même du nez. Je me dis voilà c’est parti pour une nuit juste avant les forêts bis.

Mais Dominique Blanc n’est pas Romain Duris et au bout d’un moment, l’émotion à fleur de peau accroche le regard, la diction si particulière de l’actrice force l’écoute et l’histoire qu’elle nous conte fait une boule dans le ventre. La Douleur, texte expurgé de toutes mentions directes à Marguerite Duras, parle de la douleur d’une femme qui au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale attend de savoir si son homme reviendra ou non des camps de la mort. Dominique Blanc nous embarque sur des montagnes russes où l’on monte vers des cimes d’espoir avant de redescendre vers l’enfer du doute. On la voit se préparer au pire, se convaincre que l’homme est mort mais toujours et malgré tout continuer à attendre.

Et puis il y a le texte admirable de Marguerite Duras que Dominique Blanc porte. Il s’y mêle des descriptions quasi cliniques de cette attente, des réflexions sur la folie des hommes et de la guerre, des moments où la logique et la raison s’effacent quand il n’y a plus de mots pour que la douleur s’exprime.

Tout cela fait que La Douleur est une pièce absolument à voir même s’il n’est pas forcément aisé de rentrer dedans durant le premier quart d’heure. Mais vous pouvez faire confiance au texte et à Dominique Blanc pour véritablement passer un grand moment de théâtre.

One Response to La Douleur de Marguerite Duras au Théâtre de l’Atelier
  1. Rick et pick
    octobre 13, 2011 | 20 h 10 min

    Un grand moment de théâtre ? Et comment !

    Nous avons enfin vu cette pièce, elle a failli nous échapper ! Mais dès que Blanc ouvre la bouche et commence à narrer ce texte formidable et poignant, notre attention est happée, frappée et on ne décroche plus : nous n’avons pas eu à attendre 10 ou 15 min pour comprendre qu’on allait avoir, là, une performance mémorable…
    Nous sommes bien d’accord avec ta remarque : la mise en scène laissait imaginer le pire… Chéreau est toujours aussi minimaliste ! Mais, finallement, ici, ça tombe bien, il s’efface derrière le texte de Duras et laisse à Blanc, en la dirigeant parfaitement, le talent d’apporter au texte sa particulière émotion…
    Penses-tu qu’on puisse gagner 2 fois le molière pour la même pièce? Elle le mériterait ;-)

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