Archive for category Réflexions

Vis ma vie de metteur en scène (2)

Posted by Marie VDM on Lundi, 8 mars, 2010

Mes comédiens ont poussé leur grand cri. Deux fois.
Que c’était bon de ne pas sentir le trac de l’entrée en scène, la peur d’oublier une réplique ou un accessoire, l’angoisse du regard du public. Enfin ça c’était ce que je croyais encore 5 minutes avant que les lumières s’éteignent.

J’avais confiance en mes comédiens, en ces interminables filages que nous avions fait 3 fois par semaine, confiance dans toutes les propositions qui sortaient jusqu’à la dernière répète. Je savais qu’ils allaient être bons, je le savais. Je savais que les décors allaient surprendre et séduire, et que l’effet « montés au fur et à mesure » et « fait avec 3 bouts de ficelle » combiné avec le talent et l’idée originale de ma décoratrice allaient assurer. Je savais que les costumes, en plus d’installer rapidement chacun des personnages, ne pouvaient qu’arracher au public les mêmes gloussements et éclats de rire qu’ils m’avaient coûtés en répète. Je savais que les lumières allaient être balancées au poil de fesse de moment près et que les sons (magiquement bouclés par un professionnel qui se trouve être l’homme de vie) étaient calés et gérés au clic près par mon régisseur.

Je savais, je le savais tout au fond de mes tripes que tout allait bien se passer parce que j’avais été très bien entourée, que la pièce roulait toute seule, et que j’avais pu me concentrer sur la direction des comédiens (qui de toute façon étaient déjà super sans moi).

Et puis ils ont éteint la lumière.
Et puis ils ont balancé la première musique.
Et puis j’ai senti l’afflux de sang dans mon coeur, la sueur sous ma robe, le noeud derrière ma nuque, l’arrêt de ma respiration.
Et puis ils ont balancé les premières répliques, et j’étais à l’affut de tout, je ne tenais pas en place à la régie, en haut des gradins, en bas des gradins, assise, debout, contre le mur, au bord de la scène, les yeux grand fermés, les mains moites palpitantes.

Je voulais juste que le public rigole. Je voulais juste que les comédiens puissent donner le meilleur d’eux-mêmes. Je voulais juste que la pièce ne s’arrête jamais car le contrat se remplissait, la machine était huilée.
Lumière, musique, entrée en scène, rires, émotions, sorties, musique, noir.

Je voulais juste bien faire. Je crois que nous avons tous bien fait.
Et je rempile pour un semestre de mise en scène. Et de jeu.
Un défi en plus à la fois.

Calage régie "un grand cri d'amour" - green paradise 2010

Sous vos applaudissements

Posted by Baptiste on Dimanche, 7 mars, 2010

S’il y a bien une chose que j’abhorre au théâtre, ce sont les applaudissements de fin. Tout du moins ce rituel qui consiste à inciter et ce à plusieurs reprises, le salut sur scène des comédiens.

Je parle là en tant que comédien, en tant que spectateur, place que j’ai la plus souvent prise au détriment des planches, moins confortables d’ailleurs, je sais très bien que le public applaudit avec grandiloquence avant tout parce que le spectacle est enfin terminé. Et qu’il est content que ce soit fini ! D’ailleurs, l’enthousiasme des spectateurs se mesure le plus souvent au taux de médiocrité du spectacle. Certains vont même jusqu’à verser une petite larme tant ils sont heureux de pouvoir enfin rentrer chez eux.

Moi, devoir venir m’abaisser devant un parterre de gens, qui pour la plupart sont de votre famille et donc n’y connaissent rien au théâtre, ça m’embête. Et si je reste courtois et poli c’est uniquement parce que je sais que des enfants viennent lire ce blog depuis qu’on y expose des vidéos où ça parle de zizis.

Bref, je déteste les saluts. D’ailleurs, cette coutume, née dans les années 40, n’a plus de sens… Et puis franchement, lorsque vous en avez terminé avec votre journée de travail par exemple, vous n’allez pas entrer et ressortir du bureau de votre chef quatre fois d’affilé pour aller le saluer, non, vous vous barrez parce que vous êtes bien content d’en avoir fini. Bah moi au théâtre c’est pareil.

D’autant que, ce que vous ne savez pas, c’est que l’entrée et la sortie des saluts est quelque chose de très travaillé. Malgré ce que l’on pourrait croire, il n’y a pas là de place à la spontanéité et à l’improvisation sentimentale, non, juste la volonté sadique du metteur en scène.

Ca, les saluts, les metteurs en scène adorent, les comédiens beaucoup moins, surtout quand ce genre de fantaisie nous est imposé la veille de la première, c’est-à-dire juste après en avoir enfin terminé, après des semaines et des mois, avec l’apprentissage du texte et les répétitions à n’en plus finir pour millimétrér la mise en scène de la pièce. La cerise sur le gâteau diront certains, le fruit du dictat du metteur en scène oui !

Moi je rêve de terminer un spectacle en laissant le public applaudir seul sans jamais revoir les comédiens, laissant ainsi les personnages s’évader dans l’imaginaire des spectateurs. Ce serait tellement plus joli.

Autre point important, savez-vous quelle est la différence entre le théâtre amateur et le théâtre professionnel ? C’est que les professionnels n’ont pas besoin de saluer tous les gens qui les ont aidés à monter le spectacle puisqu’eux-mêmes sont payés pour le faire. Tandis que dans le théâtre amateur, où ne vivent que des artistes ratés et des bénévoles refoulés, y compris par les causes humanitaires, on se doit de les remercier à la fin du spectacle. Ce n’est pas d’avoir à les remercier qui est désobligeant, mais d’avoir à se rappeler de leurs noms et de ne pas en oublier un seul, car dans une troupe, l’égo ne loge pas que dans celle des comédiens.

Allez, j’arrête pour aujourd’hui d’autant que je sens que ce texte va être censuré du blog et que si je me relis, je n’aurais qu’une envie, c’est d’arrêter le théâtre. Du coup, pour les fautes et la syntaxe, vous n’aurez qu’à corriger par vous même, ça ne vous fera pas de mal.

La promesse faite à Didier à Düsseldorf

Posted by Arthur on Samedi, 27 février, 2010

A priori seuls les membres de la troupe s’expriment ici – je profite donc des quelques semaines durant lesquelles je garde encore ce statut privilégié pour deviser sur la vie, le sexe, la mort et le théâtre. J’ai en effet rejoint Green Paradise il y a à peine un mois et en ai annoncé mon départ il y a quinze jours. Cher lecteur amateur de gossip je dois te présenter mes plus sincères excuses pour la déception qui va être tienne : pas de coucherie déplacée ni de différend artistique, pas plus qu’un hypothétique souci d’alcoolémie, ne sont à l’origine de ce départ.
On a même plaisanté sur le fait que ça soit après avoir vu jouer mes camarades que je me serais retiré.

Or quiconque a participé à un atelier coaché par la belle Fiora ces dernières semaines, mais surtout quiconque a vu l’une des pièces du festival Green Paradise en ce début d’année sait que ça n’est pas crédible. Que je ne peux être que terriblement frustré de faire si temporairement partie de l’aventure.
Non, la vérité, cher fan, après cette longue entrée en matière mélodramatico-narcissique (le théâtre est aussi une question d’ego, il ne sera pas dit que je n’aurai pas mon quart d’heure de lumière) se situe très bêtement dans des raisons géopolitico-professionnelles sur lesquelles il serait indécent de cracher.

Mais on s’en tape. Là n’est pas le propos.

Le propos se situe plus dans un exercice d’intentions qui consistait à incarner un présentateur du JT tour à tour débutant, indifférent, hilare ou catastrophé. Sur des coupures de presse qui mêlaient la mafia napolitaine et Didier Défago à Vancouver.
Le propos se situe plus dans un ménage à trois tragicomique de haut vol, les affres sentimentales de deux stars sur le déclin, les sketchs hilarants sis à Düsseldorf, ou les créations originales de deux membres de la troupe (qui n’a donc décidément d’amateur que le nom).
Le propos se situe dans le plaisir éphémère de l’installation de filins et de draps blancs, dans le frisson délicieux de l’urgence d’une représentation, dans les sourires épuisés mais euphoriques qui se dessinent juste après.

Le propos se situe aussi, à un niveau plus personnel, dans les relations amicales que j’avais tissées avec certains membres de la troupe avant de l’intégrer, celles que j’ai tissées depuis, et qui ne m’empêchent aucune objectivité ici-bas, mais me permettent d’être très admiratif. Sérieusement bluffé même.

Alors frustré oui, je le suis, je le serai ces deux prochaines années, c’est sûr. Mais très fier aussi.

Pardon pour cette trahison chers uns et chers autres, depuis Düsseldorf, Helsinki ou au milieu des caïmans, je vous enverrai de grands cris d’amour. C’est promis.

Dis un mot…

Posted by Mike on Mardi, 8 décembre, 2009

«Mr Caïman a perdu ses dents».

C’est avec cette phrase tirée d’une chanson pour enfants que tout a commencé.

Retour quelques mois en arrière, lorsque le projet carte blanche nous a été imposé.
Je décidai d’écrire un texte de théâtre: moi qui ai déjà du mal à écrire mon nom, c’est pas gagné.

Comment trouver l’inspiration?
Je fouille dans mes expériences personnelles, dans l’actualité, mais elle ne vient pas.Il ne me restait donc plus que le plagiat. Trouver une pièce inconnue du grand public, changer les prénoms des personnages et prier pour que personne ne l’ai lu. Je trouvai mon bonheur avec «Le Cid» d’un certain Corneille (peut-être le chanteur?).

Mais je me suis fait griller, surement parce qu’il n’y avait aucune faute d’orthographe.

Il fallut donc tout reprendre depuis le début.

D’où la mise au point d’une nouvelle technique: partir d’un mot, et laisser libre cours à mon imagination, sans aucune réflexion (ça je sais faire)
J’attraperai la première personne qui apparaitrai dans mon champ de vision puis:

-Dis un mot.

-Quoi?

-Dis un mot, c’est tout.

-Caïman!

-Pourquoi caïman?

-«Ooooh Mr caïman Ooooh a perdu ses dents» tu connais pas bouffon?

C’était peut être pas une si bonne idée que ça. Mais à auteur désespéré, méthode désespérée.

Je me pose devant une feuille blanche puis…tout s’enchaîne.

30 mn: c’est le temps qu’il m’a fallu pour écrire le 1er acte.

10 jours: c’est le temps qu’il m’a fallu pour le partager au reste de la troupe, persuadé que cela n’amuserai personne, que je me ferai lyncher surtout après que ce cher NKL ai publié ses ilots d’Helsinki, une pièce profonde merveilleusement bien écrite, sans fautes d’orthographes, à voir absolument (représentation exceptionnelle le 27/02/2010)

Et pourtant… elle est acceptée avec enthousiasme, à ma grande surprise.

Au fil des répétitions, je m’amuse à voir chaque comédien s’approprier le texte et lui donner une autre dimension. Je (re)découvre ma pièce.

 Puis vint le jour tant attendu de la première représentation. Les gens rient. Des gens pourtant d’horizons et d’âges différents. Nombreux sont ceux qui viennent me féliciter à la fin. Je n’en reviens pas.

Puis on me pose une question à laquelle je n’avais jamais songé:

-Mais où veux tu en venir?

C’est vrai: où est ce que je veux en venir? J’ai envie d’être honnête et de répondre «nulle part» . Mais je ne peux décemment pas le faire, je ne peux pas réduire cette pièce à un simple délire que j’aurai eu avec moi-même, de quoi j’aurai l’air? Il faut que je trouve quelque chose à dire, que je lui donne un sens, mais l’inspiration ne vient pas.

-Alors?

-Dis un mot…

Vis ma vie de Metteur en scène (1)

Posted by Marie VDM on Mardi, 1 décembre, 2009

En 3 mois de ma première expérience de mise en scène, je suis passée par plusieurs états proches de l’Ohio, entre mes tentatives d’organisation, mes briefs à l’équipe technique, mes rendez-vous répètes 3 fois par semaine avec mes comédiens, et le semblant de vie sociale et amoureuse que j’ai pu garder…

On m’a demandé aujourd’hui si je regrettais de ne pas jouer ce semestre. En fait pas du tout : c’est moi le patron et on a une superbe synergie avec les comédiens, quand il ne sont pas en train d’éclater un pot de confiture sur ma moquette ou de vider des bouteilles de vin… Mais je vais garder ça pour plus tard, car le PREMIER grand obstacle que rencontre un metteur en scène apprenti comme moi c’est la mauvaise foi des comédiens amateurs qui sont pris en flagrant délit de ne pas connaître leur texte par coeur…

Florilège d’excuses plus débiles les unes que les autres :

  • mais c’est une italienne
  • ah c’est déjà à moi ?
  • désolé je suis déconcentré maintenant
  • nan mais je lisais les didascalies
  • putain elle est con cette phrase
  • mais je comprends pas ce que ça veut dire en fait
  • nan mais ils ont pas l’air énervé là
  • mais il dit toujours la même chose c’est compliqué à retenir
  • je sais que je dois la couper mais je ne me rappelle jamais exactement ce que je dois dire
  • j’ai des micro-blancs
  • j’ai oublié de surligner cette réplique
  • mais c’est écrit trop petit
  • elle m’a coupé !
  • j’ai juste lu le premier mot pour essayer de me souvenir
  • j’ai complètement zappé la psychologie de mon personnage
  • ah mais on n’avait pas dit qu’on le faisait avec l’intention mais sans le ton ?
  • Je suis un peu asthmatique ! Enfin mon personnage…

Et puis bien, ma préférée, l’excuse ultime : « J’ai pas encore appris le texte des autres. »

Il paraît que j’ai fait la même quand j’apprenais pas mon texte l’an dernier.  Je n’en crois pas un mot !

Mourir (et baiser) sur scène…

Posted by Sophie on Vendredi, 27 novembre, 2009

Emma et Jerry se sont embrassés. Mais qui sont-ils ? Deux amants, deux personnages de théâtre. Ils ne sont réels que dans le corps de deux comédiens. Mais lorsque Jerry touche Emma, la sert dans ses bras, quand Emma lui rend ses baisers… quelle est la part de mon acolyte et de moi-même à cet instant ? Je me suis posée la question jusqu’à hier.

Ce n’est pas anodin le premier baiser sur scène (ou même en répétition). On appréhende, on sent venir l’angoisse. Que vais-je ressentir ? Et puis le moment tant attendu et redouté arrive. On se rapproche, nos lèvres se touchent maladroitement. On rit… gênés. On oublie le texte… perturbés. Mais que ressent-on vraiment ? Rien. Pas de « papillon dans le ventre ». Ce qui parait évident puisque c’est « pour de faux ». L’impression donnée pour qui nous regarde est vraie mais le sentiment réel reste faux. Juste le tour de magie de la comédie.

C’est un peu comme mourir sur scène. Je suis morte il y a 6 mois. Étranglée par un tyran. Je n’ai pas vu défiler ma vie, je n’ai pas souffert. J’ai juste fermé les yeux, relâché mes muscles pour n’être plus qu’une poupée de chiffon dans les bras de mon partenaire qui déposait mon corps au sol. On ferme les yeux, on reste immobile, on attend le souffle court, on ressent le malaise s’installer dans le public, les dernières paroles, puis le silence. On guette le noir qui signifiera que la pièce est finie. Puis on se relève. C’est « pour de faux ».

A ce cher Serge…

Posted by Baptiste on Jeudi, 12 novembre, 2009

La plupart des gens qui lisent mon blog, c’est-à-dire moi-même et quelques personnes égarées suite à des renseignements mal indiqués, savent à quel point je déteste les blogs.

Il n’y a rien qui puisse m’ennuyer plus que de lire un blog, alors en tenir un, vous pensez.

Un blog n’est jamais qu’un support de communication via lequel n’importe quelle personne sans intérêt ou trop satisfaite de ses mérites, peut étaler, avec impudeur et égocentrisme, le reflet commenté de sa propre existence. Alors un blog de comédiens, vous imaginez ?

Bon, pour cette fois-ci je veux bien faire exception et me prêter au jeu. Notre Dir com’ adorée m’a gentiment obligé demandé de rédiger un billet pour notre blog avant la fin du mois de novembre sous peine de me faire virer de la troupe. Bien qu’étant le président de l’association et vu leur aigreur réciproque à mon égard, je ne serais pas le moins du monde étonné de les voir voter à l’unanimité une motion de censure pour m’obliger à démissionner.

Moi qui suis plutôt anachorète, pour ne pas dire cénobite, je me demande encore ce qu’il m’a pris, par un soir d’été, outrageusement alcoolisé, de vouloir monter une troupe de théâtre amateur. Je ne veux pas dire par là que je regrette, mais déjà que la compagnie des gens en général m’insupporte au plus haut point alors la compagnie de théâtre, vous imaginez bien.

C’est bien simple, de tous les spectacles que nous avons montés ensemble, le seul pour lequel j’ai un tant soit peu pris de plaisir à travailler est celui des soliloques (monologues pour les incultes). En revanche, le jouer sur scène m’a beaucoup moins enchanté. Il faut dire qu’à cinq euros la place, vente qui plus est exclusivement réservée aux proches et aux amis, on a très vite fait de se retrouver devant un public pour qui Goldoni doit être une marque de pâtes et Ondine une expression familière. Quand je pense qu’on a interprété un extrait de Phèdre ce soir là, on a vraiment peur de rien.

Enfin, j’exagère, je ne peux pas mettre tous les spectateurs dans le même fauteuil. Il y a des exceptions. J’en veux pour preuve cet ouvrage de pièces de théâtre de Tchekhov que m’ont récemment offert, pour mon anniversaire, deux spectateurs avisés. Le jeu du hasard, mais pas de l’amour, n’exagérons rien tout de même, veut que Tchekhov soit un de mes auteurs préférés en matière de Théâtre. Je fus donc agréablement surpris et reconnaissant à leur égard pour cette marque d’estime et de bon goût, qui, malheureusement, s’estompa très vite lorsque je lus leur petit mot en deuxième de couverture dans lequel ils me signifient que c’est en entendant parler de la pièce de Tchekhov intitulée « L’ours » qu’ils ont eu pour moi l’idée de ce cadeau.

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Les méandres de la mémorisation du texte

Posted by Frédéric on Mercredi, 21 octobre, 2009

D’un naturel procrastineur ascendant faignant, l’apprentissage du texte est pour moi la tâche la plus fastidieuse et la plus chronophage.

On m’a fait constater récemment qu’au fil de mes presque 5 ans d’expérience théâtrale, j’ai développé, de manière quasi inconsciente, un arsenal impressionnant d’excuses – plus bidons les unes que les autres – pour justifier ma méconnaissance du texte:

  • en mode pragmatique: j’ai oublié de surligner cette réplique, donc j’ai oublié de l’apprendre…
  • en mode scolaire: je ne connais pas bien les chiffres romains, donc j’ai appris la mauvaise scène…
  • en mode « texte mal écrit »: oui, mais le personnage n’arrête pas de répéter la même idée, avec des mots différents, c’est impossible de se souvenir de l’ordre des répliques…
  • en mode « c’est pas moi, c’est l’autre »: elle (ma partenaire) n’a pas fait le bon mouvement, donc je ne savais pas que c’était à moi de parler…

    Note: quitte à accuser un autre, allez y à fond, en disant que ce n’est pas possible de travailler dans ces conditions, que ça vous déconcentre, que vous connaissiez votre texte, mais que là c’est plus possible, vous n’êtes plus dedans!

  • en mode médical: j’étais à l’hôpital pour une ablation de l’appendicite et je n’avais pas pris mon texte avec moi…
  • en mode altruiste: j’ai plus appris le texte de mon partenaire que le mien afin de pouvoir l’aider s’il a un blanc…

Et ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres, plus de 300 d’après la légende…
Donc vous l’aurez donc compris: s’il faut un comédien de « mauvaise foi » dans une troupe pour respecter la diversité des caractères, la place est déjà prise!

Derrière le rideau

Posted by NKL on Jeudi, 6 août, 2009

Derrière le rideau, il faut essayer de faire le vide. Ne pas penser. Dans quelques instants, tout va commencer. Ecouter l’introduction en attendant l’entrée en scène. La première entrée en scène crée la relation avec le spectateur ; cette relation pourra évoluer tout au long de la représentation mais l’impression laissée par ce premier contact demeurera indélébile. Tout commence avec cette première entrée. Je ne peux pas être troublé par la réaction de mon partenaire ou des spectateurs, qui n’auront par définition pas encore réagi. Je ne peux pas être pris dans le feu de l’action qui n’a pas commencé. Je n’ai pas le droit au trou de mémoire que j’aurais eu tout le temps de combler préalablement. Aucune place pour l’improvisation, je n’ai pas le droit de rater cette entrée. Ne pas penser.
Et si la suite ne se passait pas bien, serais-je plus excusable ? Si on venait à me reprocher mon piètre talent de comédien, devrais-je me réfugier derrière les lacunes de cette  mise en scène que j’ai choisie ? Ou derrière l’indigence de ce texte que j’ai écrit ? L’accumulation des casquettes dont j’ai fait preuve dans ce projet n’est pas propice à l’indulgence à mon égard en cas d’échec. Mon seul salut viendrait d’une contre-performance avérée de mon partenaire, mais ses progrès ces dernières semaines dans son appropriation du texte ne laissent que peu de doutes. Il est déjà sur scène et va bientôt attendre mon arrivée, il ne faut pas que je rate le signal sonore. Nous ne lui avons pas assez fait répéter cette scène inaugurale, j’ai soudain un doute. Je ne le vois pas et dois me fier aux réactions du public… qui ne réagit pas. Inquiétant, alors même que la salle n’a jamais été aussi remplie. A-t-il réussi à se synchroniser sur la bande son, à ne pas tout faire dans le désordre ? Non, probablement pas. C’est de ma faute, j’aurais dû planifier une séance de répétition supplémentaire… à moins que l’absence de réaction du public soit un signe positif ? Après tout, c’est notre grande première, nous n’avons pas fait de générale ni de filage en public, comment anticiper son comportement ? Je repense au texte, à la mise en scène. Aucune réaction, c’est que le public est attentif, que tout va bien. Tout doit bien aller. Ne pas penser. Pour moi, tout va bientôt commencer.
C’est à cause du manque de temps. Ce sera mon alibi, c’est décidé. Après 8 semaines pour tout préparer et à raison d’une séance hebdomadaire, comment pourrait-il en être autrement ? Ce challenge n’en aurait pas été un pour une troupe professionnelle pouvant consacrer ses journées à la préparation de ces projets, mais a des allures de mission impossible pour des amateurs comme nous qui ne trouvons jamais le temps nécessaire pour atteindre nos propres objectifs. Se contraindre à un calendrier aussi ambitieux, pour ne pas dire extravagant, aura été des plus stimulants mais au prix de nombreuses angoisses de dernière minute (la dernière minute correspondant approximativement au début des répétitions). Le texte a été revu jusqu’au dernier moment, une réplique a même été ajoutée hier. Voilà, il ne peut plus rien m’arriver ; si tout ne se passe pas bien, ce ne sera pas de ma faute mais celle du manque de temps pour préparer. Non, ce n’est pas une excuse valable, je connaissais ces contraintes en m’engageant dans ce projet. Je n’ai pas le droit à l’erreur. Ne pas penser.
Mais avais-je vraiment le choix ? Lorsque le programme « carte blanche » nous a été proposé, j’y ai enfin vu la possibilité de réaliser ce qui me me motivait temps lorsque j’ai débuté le théâtre. Trouver un espace personnel d’expression, produire un travail avec une identité propre. Et faute de trouver un auteur dans lequel je me reconnaisse suffisamment pour en porter le message, le besoin d’écrire s’est fait pressant. La première version du texte a été écrite en quelques jours. Forcément décevante, mais suffisamment cohérente pour que je me permette de la partager avec la troupe pour recueillir leurs avis et critiques. L’accueil favorable de mes camarades, que je n’osais pas espérer en leur envoyant ce texte trop approximatif à mon goût, a été un élément décisif. La moivation affichée par Frédéric pour m’accompagner dans cette démarche a conforté cette motivation. Plus moyen de faire marche arrière. Ce projet artistique aura été celui dans lequel je me serais le plus investi personnellement, et je ne remercierai jamais assez les autres membres de la troupe de m’avoir laissé une totale liberté à toutes les étapes de sa préparation. Ils m’ont donné leur confiance, à moi de leur prouver qu’ils ont eu raison. Le signal sonore, j’ai dû le rater ! Non, c’est bon, ce n’est pas encore à moi. Ne pas penser.
Et si le texte ne passait pas ? Et si les nombreux monologues avaient pour effet d’endormir la salle dans les premières minutes ? Si la psychologie des personnages, que j’ai essayé de rendre crédible, leur semblait sans intérêt ? Tant pis. J’ai écrit, j’ai révisé ce texte autant que nécessaire et il correspond à présent à l’idée que j’avais en tête lors du premier jet. Je suis prêt à assumer la responsabilité de chaque phrase. On m’a demandé si j’étais vraiment allé à Helsinki, si les relations des personnages étaient inspirées de faits réels ; ça doit vouloir dire que certains au moins trouveront une cohérence dans cette histoire. Et quand bien même ce ne serait pas le cas, il est trop tard pour avoir des remords. J’ai réalisé ce qui me tenait tant à coeur, je comprends aujourd’hui que le travail fourni ces dernières années pourrait se justifier ne serait-ce que pour ces quelques instants que je suis en train de vivre. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai l’impression d’avoir accompli quelque chose et j’en suis heureux. Je sais à présent que j’en suis capable et que ce moment marque un nouveau départ pour moi. Les idées se sont tellement bousculées ces derniers mois qu’une vie ne suffirait pas à écrire tout ce que j’ai en tête, mais ma motivation n’a jamais été aussi grande pour continuer sur ce chemin. Lorsque le signal retentit, je ne sais pas encore que tout se passera comme prévu. Que malgré nos quelques approximations dans le texte et dans le jeu, nous parviendrons à exécuter à peu près convenablement ce à quoi nous nous étions préparés. Que l’accueil du public – dont on pourra certes douter de l’objectivité puisque constitué en grande partie de l’entourage des membres de la troupe – sera malgré tout des plus favorables. Que dans une heure, je retournerai en coulisses pour m’asseoir quelques minutes et repenser à toute cette aventure, le sourire aux lèvres. Pour l’heure, ne pas penser. Derrière le rideau, lorsque le signal sonore retentit, je ne sais qu’une chose : tout commence.

Notes pour plus tard

Posted by NKL on Mardi, 9 septembre, 2008

Hier s’est donc tenue notre première séance de répétition pour la nouvelle saison. Et puisqu’il n’est jamais trop tôt pour corriger le tir (c’était du moins la thèse ardemment défendue auprès des garçons de ma classe de CE1 par la dame de service chargée de nettoyer les sanitaires après leur passage), commençons dès à présent le constat de ce qui sera bientôt l’année de notre consécration. Note pour plus tard : penser à éditer ce post et à virer cette phrase ridicule dans l’hypothèse actuellement inenvisageable où nous ne ferions pas la couverture des magazines people d’ici un an.
- Malgré quelques regrettés départs et autant de prometteuses arrivées, nous nous sommes donc retrouvés dans une configuration assez peu modifiée par rapport à la précédente. Comme le signifia jadis le poète au lyrique onirisme exalté par la rhétorique maraîchère : « Même jour, même heure, même pommes » (à l’exception de la demie-heure de décalage par rapport à l’année précédente – pour permettre à certaines filles personnes que je ne nommerai pas d’arriver à l’heure au moins une ou deux fois dans l’année, et des kilos superflus pris par ces même personnes pendant les vacances mais ne comptez pas sur moi pour y faire allusion ici). Note pour plus tard : penser à être gentil avec les filles au moins une fois de temps en temps pour compenser, voire même un peu hypocrite si on compte en recruter de nouvelles pour compenser les 2 qu’on a fait fuir au cours du dernier mois.
- Premier contact avec notre nouvelle salle de répétition, au sein d’un complexe multisporto-culturo-bizarroïde. Si le potentiel esthétique du lieu – encore en travaux – reste limité, son ergonomie pour les futures créations semble prometteuse. Note pour plus tard : vérifier que les répétitions n’ont pas lieu en même temps que les cours de boxe thaïe sur le dojo voisin, ou alors ne pasfaire trop de bruit et être très gentils avec eux. En plan B, balancer Mike en pâture pour faire diversion et se sauver en courant.
- Mêmes exercices de concentration que l’année dernière, pour se remettre dans le bain. Même échec pour arriver à faire taire Marie. Note pour plus tard : penser à faire voter à la prochaîne AG le recours à la violence en de telles circonstances.
- Nous sommes donc tous passés à tour de rôle pour présenter les textes que nous avions consciencieusement appris lus imprimés. Ceux d’entre nous ayant hérité de textes classiques furent probablement les plus décontenancés (et les autres, les plus hypocrites polis dans leurs commentaires sur les prestations des premiers). Note pour plus tard : se cotiser pour offrir un Larousse des débutants à Frédéric pour qu’il comprenne bien tous les mots de son texte la prochaîne fois, même ceux de plus de 6 lettres. Ne pas se moquer de lui, s’il a choisi une carrière scientifique, c’est vraisemblablement comme moi en raison de ses compétences littéraires.
- Nos prestations ont logiquement témoigné de la même incapacité générale que l’année passée pour apprendre correctement plus de 4 lignes de texte, record tenu par Baptiste qui se croît obligé de donner l’exemple sous prétexte qu’il est président de l’association. Note pour plus tard : penser à mettre de côté ses présentations powerpoint du planning 2008-2009 sur lesquelles il doit passer au moins la moitié de son temps de travail, pour le faire chanter auprès de son employeur si la nécessité se faisait sentir.
- Parmi les nouveautés, nous avons également obtenu d’Alex, notre metteur en scène et néanmoins ami (le reste du temps) qu’il monte sur scène après 1 an d’abstinence comédienne. Nous avons pour cela dû insister pendant au moins plusieurs dixièmes de secondes, à l’issue desquelles il a enfin cédé. Son passage en tant que psychotique sur un texte flippantissime de Sarah Kane a conduit les moins habitués d’entre nous à s’enfuir et les autres à se concerter en vue d’une méthode de contention efficace en attendant l’arrivée des secours. Note pour plus tard : penser à tous passer à Sainte-Anne dans la semaine pour annuler l’hospitalisation à la demande d’un tiers et s’excuser auprès de lui, on ne savait pas que tout était dans le texte.
- L’avantage avec les neuroleptiques, c’est que du coup il a complètement oublié de me demander comme chaque semaine de trouver un pseudo parce que les 3 lettres que j’ai adoptées ne lui conviennent pas. Note pour plus tard : accepter de remplacer NKL par le pseudo de son choix le jour où il en obtiendra autant de M, Arthur H, YB et Mademoiselle K pour ne citer qu’eux.
- Tout cela ne relèverait que du détail si on omettait le principal point négatif de la soirée : l’arrivée des nouveaux. Nos deux dernières recrues se sont en effet brillament illustrés dès leur premier contact avec les plus sénilement usés d’entre nous, et leur hilarante prestation n’aurait posé aucun problème si les autres n’avaient souffert de la comparaison. Note pour plus tard : afin de préserver le leadership des anciens, penser à ne plus admettre de nouveaux dans la troupe sans casting préalable pour éviter d’inclure par erreur de trop bons comédiens.

Nous voici donc repartis pour de nouvelles aventures, riches de la courte mais profitable expérience de notre première année d’existence. Cette première année aura eu pour principale fonction la fastidieuse mise en oeuvre de notre ambitieux projet, et nous aura permis de bâtir une structure propice au travail envisagé. Reste maintenant à savoir si nous saurons nous en montrer à la hauteur.
Note pour plus tard : éviter de finir les prochains posts par des formules au lyrisme grandiloquent quand ils concluent un ramassis d’inepties, ça décrédibilise tout.