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« Un texte de théâtre, ça ne s’apprend pas, ça se joue »

Posted by Baptiste on Samedi, 19 juillet, 2008

« Un texte de théâtre, ça ne s’apprend pas, ça se joue »

C’est puissant ce que je dis là. On dirait du Goldoni, quel joueur ce Goldoni, né en A1707* comme chacun le sait. Hilarant n’est-ce pas ? Evidemment, pour qui ne fait pas parti de notre troupe de théâtre, que Dionysos vous en fasse grâce, difficile de trouver un sens comique à cette blague quelque peu chafouine qu’on ne s’autorise guère que dans les milieux autorisés, entre gens cultivés, certains soirs, place du Palais Royal ou bien encore dans les couloirs calfeutrés de la rédaction de Télérama à l’encontre de diligents coursiers et autres porteurs de plis en recommandés. Vous pouvez respirer. Tout le talent d’un comédien repose sur le souffle et l’abstraction de la ponctuation, chose que vous ne pouvez pas comprendre.

Cependant, sachez, pour celles et ceux qui ont l’immense privilège d’être invités à notre seule et unique représentation privée de ce dimanche, qu’il est fort probable, en poussant la porte de notre théâtre, que la date de naissance de Goldoni vienne frapper à votre esprit comme une évidence distinguée. Sauf si bien entendu votre niveau de culture théâtrale ne dépasse pas les hauteurs du boulevard Saint-Martin, auquel cas cela voudra dire que vous aurez oublié le code et serez tout indiqué pour sonner à l’interphone. En attendant que l’on vous ouvre vous en profiterez pour éteindre votre portable, merci.

Pour en revenir à cette magnifique citation « Un texte de théâtre, ça ne s’apprend pas, ça se joue. » que je ne me lasse de répéter, sûrement parce qu’elle est de moi et pas de cet imbécile de Goldini, on peut dire qu’elle est l’essence même de notre troupe de théâtre. Aucun de nous n’apprend son texte, ni par cœur ni tout court. Nous préférons employer une méthode qui consiste à ne travailler que le personnage dans un premier temps, jusqu’à bien se l’approprier, l’apprentissage du texte venant seulement après.

Bon, là, ça fait dix mois que l’on essaye de s’approprier les personnages. Inutile de préciser, qu’à la veille de notre première représentation test, note metteur en scène (adoré) s’en arrache les cheveux, à défaut de n’avoir plus de corde vocale.

Mais qu’il se rassure ! Par exemple, bien que doté d’une capacité mémorielle rare, il faut des mois et des mois d’apprentissage pour apprendre à un dauphin à sauter à hors de l’eau à travers un cerceau au simple mouvement de bras d’un type vêtu d’une tenue de plongée devant un parterre d’imbéciles trempés. Pour poursuivre dans la série des cétacés, qu’il sache aussi que Louis XVII ne s’est pas conçu en une seule nuit. Marie-Antoinette avait beau jouer de la flûte à son mari tous les soirs, il lui fallu répéter bien des gammes avant de la voir s’enchanter, ce qui lui valait toujours cette même petite et jolie phrase, avant de s’endormir : « Cher Roi, que fais-je de si maladroit pour que cela finisse par vous la couper ? » L’Histoire, avec une grande hache, lui donnera quelques temps après sa réponse. C’est dire si leur avenir était tout tranché.

* Directrice du théâtre : Pour le code de l’interphone, on ne peut pas l’oublier, c’est A1707, comme la date de naissance de Goldoni !

Blaise : …

Eric Chéri de Vréfau (envolée lyrique): Ah oui ! Le théâtre avec un grand A quoi !