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La promesse faite à Didier à Düsseldorf

Posted by Arthur on Samedi, 27 février, 2010

A priori seuls les membres de la troupe s’expriment ici – je profite donc des quelques semaines durant lesquelles je garde encore ce statut privilégié pour deviser sur la vie, le sexe, la mort et le théâtre. J’ai en effet rejoint Green Paradise il y a à peine un mois et en ai annoncé mon départ il y a quinze jours. Cher lecteur amateur de gossip je dois te présenter mes plus sincères excuses pour la déception qui va être tienne : pas de coucherie déplacée ni de différend artistique, pas plus qu’un hypothétique souci d’alcoolémie, ne sont à l’origine de ce départ.
On a même plaisanté sur le fait que ça soit après avoir vu jouer mes camarades que je me serais retiré.

Or quiconque a participé à un atelier coaché par la belle Fiora ces dernières semaines, mais surtout quiconque a vu l’une des pièces du festival Green Paradise en ce début d’année sait que ça n’est pas crédible. Que je ne peux être que terriblement frustré de faire si temporairement partie de l’aventure.
Non, la vérité, cher fan, après cette longue entrée en matière mélodramatico-narcissique (le théâtre est aussi une question d’ego, il ne sera pas dit que je n’aurai pas mon quart d’heure de lumière) se situe très bêtement dans des raisons géopolitico-professionnelles sur lesquelles il serait indécent de cracher.

Mais on s’en tape. Là n’est pas le propos.

Le propos se situe plus dans un exercice d’intentions qui consistait à incarner un présentateur du JT tour à tour débutant, indifférent, hilare ou catastrophé. Sur des coupures de presse qui mêlaient la mafia napolitaine et Didier Défago à Vancouver.
Le propos se situe plus dans un ménage à trois tragicomique de haut vol, les affres sentimentales de deux stars sur le déclin, les sketchs hilarants sis à Düsseldorf, ou les créations originales de deux membres de la troupe (qui n’a donc décidément d’amateur que le nom).
Le propos se situe dans le plaisir éphémère de l’installation de filins et de draps blancs, dans le frisson délicieux de l’urgence d’une représentation, dans les sourires épuisés mais euphoriques qui se dessinent juste après.

Le propos se situe aussi, à un niveau plus personnel, dans les relations amicales que j’avais tissées avec certains membres de la troupe avant de l’intégrer, celles que j’ai tissées depuis, et qui ne m’empêchent aucune objectivité ici-bas, mais me permettent d’être très admiratif. Sérieusement bluffé même.

Alors frustré oui, je le suis, je le serai ces deux prochaines années, c’est sûr. Mais très fier aussi.

Pardon pour cette trahison chers uns et chers autres, depuis Düsseldorf, Helsinki ou au milieu des caïmans, je vous enverrai de grands cris d’amour. C’est promis.

Dis un mot…

Posted by Mike on Mardi, 8 décembre, 2009

«Mr Caïman a perdu ses dents».

C’est avec cette phrase tirée d’une chanson pour enfants que tout a commencé.

Retour quelques mois en arrière, lorsque le projet carte blanche nous a été imposé.
Je décidai d’écrire un texte de théâtre: moi qui ai déjà du mal à écrire mon nom, c’est pas gagné.

Comment trouver l’inspiration?
Je fouille dans mes expériences personnelles, dans l’actualité, mais elle ne vient pas.Il ne me restait donc plus que le plagiat. Trouver une pièce inconnue du grand public, changer les prénoms des personnages et prier pour que personne ne l’ai lu. Je trouvai mon bonheur avec «Le Cid» d’un certain Corneille (peut-être le chanteur?).

Mais je me suis fait griller, surement parce qu’il n’y avait aucune faute d’orthographe.

Il fallut donc tout reprendre depuis le début.

D’où la mise au point d’une nouvelle technique: partir d’un mot, et laisser libre cours à mon imagination, sans aucune réflexion (ça je sais faire)
J’attraperai la première personne qui apparaitrai dans mon champ de vision puis:

-Dis un mot.

-Quoi?

-Dis un mot, c’est tout.

-Caïman!

-Pourquoi caïman?

-«Ooooh Mr caïman Ooooh a perdu ses dents» tu connais pas bouffon?

C’était peut être pas une si bonne idée que ça. Mais à auteur désespéré, méthode désespérée.

Je me pose devant une feuille blanche puis…tout s’enchaîne.

30 mn: c’est le temps qu’il m’a fallu pour écrire le 1er acte.

10 jours: c’est le temps qu’il m’a fallu pour le partager au reste de la troupe, persuadé que cela n’amuserai personne, que je me ferai lyncher surtout après que ce cher NKL ai publié ses ilots d’Helsinki, une pièce profonde merveilleusement bien écrite, sans fautes d’orthographes, à voir absolument (représentation exceptionnelle le 27/02/2010)

Et pourtant… elle est acceptée avec enthousiasme, à ma grande surprise.

Au fil des répétitions, je m’amuse à voir chaque comédien s’approprier le texte et lui donner une autre dimension. Je (re)découvre ma pièce.

 Puis vint le jour tant attendu de la première représentation. Les gens rient. Des gens pourtant d’horizons et d’âges différents. Nombreux sont ceux qui viennent me féliciter à la fin. Je n’en reviens pas.

Puis on me pose une question à laquelle je n’avais jamais songé:

-Mais où veux tu en venir?

C’est vrai: où est ce que je veux en venir? J’ai envie d’être honnête et de répondre «nulle part» . Mais je ne peux décemment pas le faire, je ne peux pas réduire cette pièce à un simple délire que j’aurai eu avec moi-même, de quoi j’aurai l’air? Il faut que je trouve quelque chose à dire, que je lui donne un sens, mais l’inspiration ne vient pas.

-Alors?

-Dis un mot…