A trois jours de la première représentation, et que cela me parait bien loin…
Comme d’habitude, ce n’est qu’au dernier moment, celui-là même où l’on nous interdira de sortir des coulisses, le temps de faire entrer les spectateurs, que je me dirai : »merde, on va vraiment jouer là… »
A partir de là, inutile de me parler, sans quoi je frappe. Malheureusement, vous trouverez toujours à cet instant précis une personne étrangère au spectacle qui, plein d’entrain, passera une tête afin de vous transmettre le bonjour de votre mère, installée au premier rang…
C’est toujours à cet instant précis, celui-là même où vous vous rendez compte qu’il n’est certainement plus possible d’annuler la représentation que vous vous demandez pour quelle raison vous faites du théâtre, pourquoi avoir choisi cette pièce et pourquoi avoir proposé à telle et telle personne de venir vous voir jouer…
Et puis il y a le stress, qui monte et se résume en un mot, un seul : « Non ! », le premier mot de ma première réplique, inlassablement répété comme si soudain il allait s’envoler…
Sans parler du metteur en scène qui vient une dernière fois vous encourager, vous dire que tout ira bien, vous dire merde, et vous rappeler de ne pas rater votre entrée dans la scène 3 de l’acte II comme lors de la dernière répétition… à quoi vous lui répondez : merde, merde et merde ! Noble coutume du monde du théâtre.
Des mois de tortures à travailler et à répéter pour finir chez le dentiste… voilà comment je ressens le théâtre à ce moment là !
Vos camarades de jeu ne sont pas au mieux, la peur du vide, enfin du trou, du trou sur scène. Ce qui est censé être une comédie vire alors à la tragédie dans laquelle se mêle brouhaha, chuchotements, grincements avant de soudain plonger dans le noir et le silence, le temps en suspend et …
Vous n’êtes alors plus vous, vous êtes un autre et vous avez beau connaître la fin de l’histoire, lui ne la devine pas, vous voilà pris au jeu, si fort et délicieux. Rien n’est alors plus jouissif que de jouer sur scène, sentir le public et lui offrir ce que l’on peut de mieux, y compris cette petite réplique, celle qui vous a valu tant de souffrance et tant de haine envers son auteur et le metteur en scène.
Arrive la fin du spectacle, vous voilà de nouveau en coulisses, vous n’y retournerez que pour le temps des saluts. Vous voilà exténué, soulagé et en même temps, on peut se l’avouer, avec l’envie de recommencer…

Un billet écrit par